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Accueil : Pratique : Articles de Robert Rivoir : Astro-Physics, rencontre avec la légende

Lunettes Astro-Physics, rencontre avec la légende

Lorsque j’ai commencé à pratiquer activement l’astronomie amateur, j’ai acheté un télescope catadioptrique de type Schmidt-Cassegrain. La majorité des débutants « qui se lancent » font le même choix. Dans toutes les revues d’astronomie, on trouve toujours plusieurs pages de publicité pour ce type de télescope très courant.

Mon budget me permettait d’aborder un modèle de 25 centimètres de diamètre, alors j’ai opté pour un Meade LX-200. Je suis content de ce télescope, c’est actuellement le plus grand diamètre dont je dispose.

Par la suite j’ai entendu parler d’un autre type d’instrument: la lunette apochromatique. Les publicités pour les marques Takahashi, Televue ou Vixen, bien que moins présentes que celles de Meade ou Celestron, sont quand même bien connues de tous les amateurs. Ces lunettes sont moins répandues, leur diamètre ne dépasse pas 10 à 15 centimètres et leur prix est plusieurs fois supérieur aux télescopes à miroir.

D’autres lunettes apochromatiques de marque « TMB » ou « Astro-Physics » sont entourées d’une aura de mystère : A peine un petit encart publicitaire dans les dernières pages d’une revue spécialisée, jamais aucun spécimen n’est visible dans les foires ni dans les magasins d’optique, et personne ne semble en posséder parmi les membres de sociétés d’astronomie. De plus, leur prix est carrément « astronomique ».

Pourtant, sur le Web, on découvre des forums de discussion concernant ces lunettes. Des centaines de membres font part de leur enthousiasme à les utiliser. De magnifiques photographies sont faites avec ces lunettes, dont le diamètre est pourtant ridicule face à un grand miroir.

Encore plus étrange, il y a des délais de livraison de plusieurs mois, même pour une petite lunette. Chez Astro-Physics, le carnet de commandes est rempli pour les quatre années à venir. Si d’aventure une lunette Astro-Physics est mise en vente sur internet, l’affaire est conclue en quelques minutes avec un prix majoré de 30 à 50% par rapport au catalogue.

Ces faits ont excité ma curiosité. Mais que justifie pareil engouement ?

Sur le marché industriel des télescopes amateur, seul quatre fabricants terminent le polissage de leurs lentilles à la main : Astro-Physics, TMB, D&G Optical et TEC. L’étiquette « fait à la main » n’a rien à voir avec le snobisme affiché pour la sellerie d’une voiture anglaise. En optique, la finition à la main est une nécessité pour dépasser un certain niveau. La qualité d’une optique dépend principalement de la précision de la forme de ses lentilles. Les imperfections de polissage doivent être au moins inférieures à 50 milliardièmes de mètres sur toute la surface. Aucune machine ne peut réaliser cette prouesse rapidement. Par la répétition de son mouvement, la machine introduit toujours des erreurs localisées. Seule la main de l’homme, par son irrégularité, ses innombrables degrés de liberté, sa fatigue musculaire, et l’état d’esprit de l’ouvrier peut répartir uniformément son imperfection. Ce phénomène est bien connu en horlogerie de luxe : les pivots du calibre d’une « Grande Complication » sont toujours finis à la main, simplement parce que le mécanisme y gagne quelques centièmes de millimètres en précision par rapport à ce que peut produire un tour automatique à commande numérique.

Pourtant, d’autres fabricants de lunette apochromatiques proposent des instruments « faits à la machine » de haute qualité. Je reconnais aisément que je ne vois aucune différence en observant le ciel avec des lunettes apochromatique de diverses marques. A ce niveau de qualité, c’est mon œil qui est « le maillon faible ».

Qu’y a-t-il d’autre dans ces instruments mystérieux ?

Chez Astro-Physics il y a un maître opticien appelé Roland Christen. En 1985, après quelques réalisations amateurs saluées par Sky & Telescope, Roland a décidé de vivre de la construction de ses télescopes. Il a simplement choisi de fabriquer les meilleures optiques possibles, quel qu’en soit le prix et le temps nécessaire.

Chez TMB, le maître s’appelle Thomas Back. Thomas a défini les spécifications de ses objectifs, ainsi que les méthodes de mesures. Les lentilles sont fabriquées par LZOS, une grande entreprise Russe qui construit également des objectifs pour Carl Zeiss. TMB a une capacité de production bien plus grande que Astro-Physics. Ses objectifs sont également achevés à la main par les collaborateurs de son entreprise. Chez Astro-Physics, chaque objectif passe entre les mains de Roland Christen avant expédition.

Sur les forums de discussion, Roland et Thomas répondent volontiers aux questions posées par les membres, dans une ambiance décontractée, un peu comme le faisait le fondateur de Televue Al Nagler sur son forum « Ask Al », avant que son entreprise ne devienne trop commerciale. Essayez donc de contacter Mr. Takahashi…

Posséder une lunette Astro-Physics, c’est comme posséder un Leica M. On s’imagine Oskar Barnack peaufinant son appareil photo mythique dans son petit atelier de Wetzlar en 1932, de même que l’on se représente Roland Christen donnant une dernière retouche au polissage quasi-parfait d’un des meilleurs objectifs astronomiques du monde. On fera éventuellement quelques photos avec son Leica, mais pas sous la pluie. On montrera éventuellement son Astro-Physics, mais pas à l’occasion de sorties publiques.

Pour un homme, l’acquisition d’une lunette Astro-Physics ou d’une montre de luxe relève de la même démarche. Peu importe que la montre ne donne pas une heure plus précise qu’une montre jetable, ou qu’on ne voie pas plus d’étoiles dans une lunette Astro-Physics que dans un autre instrument de grande diffusion. Ce qui compte, c’est la beauté de l’objet, la qualité de sa réalisation et surtout, la part de légende qui y est attachée.

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