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Accueil : Pratique : Articles de Robert Rivoir : Jumelles stabilisées Zeiss 20x60S

Jumelles stabilisées Zeiss 20x60S


Zeiss 20x60S

Les jumelles constituent un instrument optique très apprécié par les observateurs en astronomie. Faciles à utiliser, très maniables (exception : Jumelles JMI RB-66), l’image redressée facilite la recherche d’objets. Il y a toutefois un inconvénient : La monture est constituée par le corps de l’utilisateur, ce qui n’est pas un gage de stabilité. Dès que le grossissement dépasse 12 à 15 fois, les tremblements musculaires d’un utilisateur normalement constitué deviennent gênants, provocant une fatigue oculaire et une perte de résolution. Un support est donc nécessaire pour observer avec des jumelles à fort grossissement. Souvent trop bas, un trépied n’est pas pratique, l’observation au zénith est impossible si on n’est pas contorsionniste. La colonne et les pieds empêchent l’observation sous certains angles. Certes il existe des supports spéciaux à parallélogramme pour résoudre ces problèmes mais ces montures sont encombrantes et lourdes, faisant perdre l’intérêt des jumelles laissées « à portée de main ». Heureusement, des opticiens astucieux nous proposent une solution : Les jumelles stabilisées. Ces jumelles comportent un mécanisme interne compensant les effets négatifs des vibrations. Ce ne sont pas les jumelles qui sont stabilisées mais le champ de vision délivré.

La scène des jumelles stabilisées est occupée par trois acteurs : Canon, Fuji et Zeiss. Chacun utilise une technologie qui lui est propre.

Canon possède un savoir-faire acquis depuis une dizaine d’année dans la stabilisation des caméscopes, puis des objectifs photographiques. Des capteurs d’accélération détectent les mouvements de l’objectif et transmettent l’information à un calculateur. Celui-ci commande de minuscules moteurs qui font varier l’angle des éléments optiques de manière à compenser en temps réel les mouvements de vibration apparaissant à l’oculaire. Le calculateur est capable de faire la différence entre un mouvement de vibration non désiré et un déplacement volontaire des jumelles.

Il y a beaucoup de technologie électronique et informatique embarquée dans des jumelles Canon IS 12x36, 15x50 ou 18x50, ce qui en fait un produit que se démode vite dans notre société de consommation.

Fuji (et récemment Nikon ) utilise des gyroscopes comme dans une plateforme inertielle de guidage de fusées. Chacun se souvient de la toupie qui, tournant à grande vitesse, s’oppose à un changement d’orientation de son axe. Deux gyroscopes alignés à 90 degrés rendent leur support insensible aux mouvements. Dans les jumelles Fujinon 14x40 Techno-Stabi, les prismes sont montés sur le support des gyroscopes, stabilisant ainsi l’image à l’oculaire.

On a ici une consommation d’électricité élevée et un délai de mise en route assez long, car les gyroscopes doivent tourner à 12'000 tours par minute.

Finalement, les jumelles Zeiss qui nous intéressent ici n’utilisent que le génie d’un des ingénieur de Zeiss, Adolf Weyrauch, à qui on doit également le fameux revêtement P-Coating à correction de phase, appliqué sur les prismes Zeiss et repris depuis par les ténors de l’optique. Le développement des jumelles stabilisées a apporté à Carl Zeiss le prix "R&D Magazine" récompensant les 100 plus importantes innovations technologiques en 1992.


Le mécanisme interne

La stabilisation est uniquement mécanique. Les éléments optiques sont montés sur une suspension à cardan. Par un jeu de poids, de cames et de leviers les trépidations de l’observateur disparaissent comme par enchantement dès que l’on presse le bouton d’activation.

Le mécanisme exige une très haute précision de réalisation. Par exemple, des anneaux de forme elliptiques de 80 microns d’épaisseur sont insérés en diagonale dans des cylindres de titane usinés avec une tolérance inférieure au micron.

Les jumelles Zeiss 20x60S Classic montrent un champ de 50 mètres à une distance de 1000 mètres. Elles pèsent 1660 grammes. La pupille de sortie est de 3 millimètres, ce qui est un peu faible pour l’astronomie, mais l’indice crépusculaire atteint 34.6, ce qui est excellent pour observer des animaux au crépuscule. La mise au point est centrale, la molette tombe naturellement sous l’index de la main droite. Le bouton d’activation se place sous l’index et le majeur de la main gauche. La commande est assez dure, et il faut maintenir la pression continuellement. On sent que l’activation de la stabilisation libère la délicate mécanique interne. L’image se met à « flotter » doucement, insensible aux vibrations. C’est assez magique, sachant qu’il n’y a pas de piles dans les jumelles ni de dernière version de firmware à downloader sur le Net…

Dans notre domaine astronomique, les jumelles Zeiss stabilisées apportent un confort incontestable. Toutefois, le mécanisme de stabilisation ne parvient pas à remplacer un bon support bien stable. Lorsqu’on se concentre sur un détail planétaire, le moindre mouvement intempestif de l’objet provoque une perte de concentration, or il est difficile de maintenir longtemps des jumelles de 1.6 Kg pointées vers le ciel sans trembler exagérément.

Evidemment, avec un prix de vente de CHF 7'000.— (valise de transport en aluminium incluse), ces jumelles restent difficilement accessibles au grand public. Avec un budget réduit on peut acheter la version 20x60S monoculaire. Si toutefois vous décidez de vous en offrir une paire, soyez assuré que vos enfants ou petits-enfants seront enchantés d’en hériter. Zeiss fabrique des jumelles depuis 1893. Des millions de descendants en profitent chaque jour.

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