A propos de la SAG | Activités | Galeries d'images | Marques-pages | Pratique | IYA 009
Connexion

Pseudonyme

Mot de passe

Mémoriser

Accueil : Pratique : Articles de Robert Rivoir : Objectif Nikon 180 F2.8

Objectif Nikon 180 F2.8

Les photographes de l’ancien temps parlent souvent des merveilleuses optiques du passé; Leica, Zeiss, Schneider, Nikon. Pour la plupart ces rêves sont plus mystiques que réalistes. Aujourd’hui l’ordinateur produit des formules de lentilles bien plus précises que les règles à calcul du passé. Les techniques industrielles modernes permettent de fabriquer des grandes séries de lentilles de très haute qualité, taillées dans des verres spéciaux corrigeant presque complètement les aberrations optiques, avec des revêtements antireflet très sophistiqués. Des matériaux issus de l’ère spatiale rendent plus fiables et allègent les objectifs.

Cependant les vieux mythes refusent de mourir et dans quelques rares cas ils ne sont pas des mythes. Certains objectifs de l’ancien temps étaient vraiment magiques dans leur domaine. Le Nikon 180mm f/2.8D ED est la dernière incarnation d'un de ces objectifs légendaires.

Contexte Historique

En 1935 le gouvernement Allemand a ordonné à son principal fabricant d'optique Carl Zeiss de concevoir un objectif spécialement destiné à être employé aux Jeux olympiques de Berlin de 1936. Cet objectif se devait d’être le plus performant du moment afin d’immortaliser la supériorité de la race arienne dans les disciplines sportives. Heureusement, des athlètes exceptionnels comme Jesse Owens ont fait voler en éclat la propagande nazie.

L’objectif révolutionnaire Carl Zeiss 180mm f2.8 Olympia Sonnar a obtenu un énorme succès auprès des photographes des Jeux Olympiques de Berlin. Il offrait une incroyable luminosité pour l’époque, avec une focale plus longue que celle des concurrents. Cet objectif, associé au boîtier Kine Exacta (aussi allemand) a fait la preuve de la supériorité allemande dans un domaine inattendu : l’optique et la photographie, une réputation qui persiste à ce jour.

Nikon 180/2.8

A la fin des années ’60 le fabricant japonais Nikon était à la recherche d’un objectif performant pour répondre aux besoins des correspondants de guerre engagés au Viêt-nam. Les ingénieurs de Nikon ont été inspirés par le 180/2.8 Olympia Sonnar, comme l’a été son concurrent Olympus qui a créé une version 180/2.0 du Sonnar. A cette époque, le Japon ne se prive pas de copier tout ce qui se fait de bien en Europe et aux Etats-Unis.

Le Nikon 180/2.8 a une conception de type Sonnar avec un groupe frontal positif, un groupe négatif au centre et un élément positif à l'arrière. Nikon a modernisé la conception, améliorant considérablement la résolution déjà légendaire, le contraste et le rendu chromatique de l’Olympia. Les lentilles ont reçu des revêtements antireflet modernes.

Il y a eu cinq versions de Nikon 180mm f/2.8. 1970-1981 (AI et Non-AI, mise au point manuelle, aucun élément ED). En 1981 Nikon a offert le AI-S mis à jour (mise au point manuelle) En 1988 la première version autofocus du 180mm f/2.8 a été présentée. Beaucoup de photographes professionnels ont détesté cet objectif et se sont plaints de l’utilisation du polycarbonate dans sa construction. A noter que maintenant, la majorité des objectifs et boîtiers sont réalisés dans ce matériau. Moins d'une année plus tard, Nikon a présenté l'AF-n 180mm f/2.8 ED-SI avec un corps métallique et une bague de mise au point plus large qui a remplacé la première version AF. Le version actuelle, AF 180mm f/2.8 ED-SI a été présentée en 1993 et une mise à jour AF-D a été présentée en 2003. Le 180mm f/2.8 était le premier objectif à mise au point interne fabriqué par Nikon. (l’objectif ne s’allonge pas lors de la mise au point rapprochée).

La photo ci-dessous montre la première version autofocus en polycarbonate.


L’objectif Nikon 180 monté sur un boîtier numérique D70

Les photographes professionnels considèrent souvent que l'AF 180mm f/2.8D ED-SI est l’objectif ayant le contraste le plus élevé de la gamme Nikon.

Pour la photo astronomique, le Nikon 180 offre de nombreux avantages:

Le rapport de la focale sur le diamètre de 2.8 en fait un objectif très lumineux. Les temps de pause sont réduits, ainsi que les problèmes liés aux longs temps de pause (bruit, erreurs de suivi, erreur de réciprocité en photo argentique). En comparaison, un télescope avec un rapport F/D de 8 aura besoin d'un temps de pause 8 fois plus long pour capter la même quantité de lumière.

L'angle de champ sur un film 24x36 atteint 13,4 degrés ( 9 degrés avec un appareil numérique comme le D70 ou le D100), cette angle est suffisant pour cadrer la plupart des conjonctions. La focale de 180mm est plus courte que la focale du plus court télescope du commerce.

La formule optique relativement simple à 8 lentilles en 6 groupes permet de s'affranchir de l'éblouissement (flare) pouvant apparaître lorsqu'un objet très brillant se trouve dans le champ (typiquement: une étoile de première magnitude). Certains objectifs zoom utilisent plus de 20 lentilles ; Souvent le flare a des effets catastrophiques dans ces objectifs, dont les reflets internes détruisent le contenu de l'image.

En contrepartie il ne faut pas placer trop d'espoir dans la mise au point automatique. Avec un D70 l'autofocus fonctionne sur un objet de grande taille comme la lune, mais pas sur une étoile. Par ailleurs la mise au point manuelle est très difficile à réaliser avec un objectif aussi lumineux. La plage de netteté est très faible avec un objectif ouvert à 2.8 et la bague de mise au point de cet objectif vénérable présente un certain jeu. Avec un reflex numérique il vaut mieux procéder par tâtonnement en chargeant immédiatement les images dans un PC afin de les visualiser en grand format. Seul l'affichage en plein écran permet d'éliminer les images du ciel floues. Le réglage de mise au point à travers le viseur optique n'est pas assez précis, à moins d'avoir un œil d'aigle.

Actuellement, les objectifs à focale fixe sont passés de mode. Ils sont remplacés par des zooms d'amplitude de plus en plus grande. Les objectifs zoom permettent de changer le cadrage sans effort. En astronomie, cette caractéristique n'est pas très intéressante. Un objectif à focale fixe utilise moins de lentilles pour obtenir d'excellents résultats. Pour un astronome amateur, il y a de belles affaires à faire sur le marché des objectifs à focale fixe de seconde main. Profitez-en !

Cet article a été lu 8586 fois...


© SAG / 2006 Powered by PHPWSM