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Accueil : Pratique : Articles de Robert Rivoir : Télescope Ceravolo HD 145

Télescope Ceravolo HD 145

Histoire du Maksutov-Newton

L’élément qui caractérise le télescope Maksutov est l’épaisse lentille frontale profondément courbée appelée « ménisque » qui réduit l'aberration de sphéricité du miroir primaire sphérique. Ce ménisque est l'idée de deux hommes, travaillant indépendamment et séparés par la seconde guerre mondiale. En 1941 A. Bouwers d'Amsterdam, et Dimitry Maksutov à Moscou essayaient de développer une alternative à la lame de Schmidt. Le correcteur de Schmidt est une lentille mince asphérique développée par Bernhard Schmidt dans les années 1920. L'astrographe "Schmidt camera" a été commercialisé par la société Carl Zeiss en Allemagne, en utilisant cette lentille très difficile à fabriquer à l’époque. Elle s’est depuis démocratisée grâce aux travaux effectués par la société Celestron, qui a lancé le modèle « Schmidt-Cassegrain » très prisé des astronomes amateurs.

Les deux hommes sont parvenus à la même conclusion, mais Maksutov ayant publié sa découverte en 1944, l'Histoire associe le ménisque avec son nom. Cette nouvelle lentille a été employée pour produire des télescopes catadioptriques compacts. Lawrence Braymer a popularisé le Maksutov-Cassegrain au début des années 1950 en commercialisant le fameux Questar 3.5

Lorsqu’ils sont correctement réalisés, ces instruments fournissent des vues très semblables à celles des meilleures lunettes apochromatique de même diamètre, tout en étant bien plus compacts. Toutefois, avec un rapport focale/diamètre de f/14 ou plus long, le Maksutov-Cassegrain n’a pas la polyvalence de la lunette car le champ de vision et les possibilités photographiques sont comparativement limités.

Au début des années 1990 le ménisque de Maksutov a été employé dans une configuration qui deviendra connue comme le Maksutov-Newton. Le premier Mak-Newton populaire a été proposé par Ceravolo Optical Systems d'Ottawa, au Canada. Le succès de ce télescope était assuré car les matériaux utilisés, le contrôle de qualité et les performances étaient très bons. Le coût relativement élevé de ce télescope comparé à des instruments commerciaux d'ouverture semblable n'a pas gêné sa commercialisation. De longues listes d'attente se sont formées lorsque Ceravolo est devenu connu dans la communauté d'astronomes.

Le concept "Maksutov-Newton" a les caractéristiques suivantes :

  • Le miroir primaire est sphérique, il est facile à réaliser avec une excellente qualité de polissage, comparé au miroirs paraboliques requis par les télescopes de Newton.
  • Le miroir secondaire est plan, comme dans un Newton. Il ne communique pas d’amplification comme le fait celui du Maksutov-Cassegrain ou du Schmidt-Cassegrain. Le miroir secondaire est porté par le ménisque transparent, il n’y a pas d’araignée de fixation produisant des aigrettes de diffraction sur les images d’étoiles brillantes.
  • Le chemin optique n'est pas replié et le miroir primaire n’est pas perforé. Le porte oculaire est placé à l’avant, perpendiculaire à l’axe du tube.
  • La longueur totale du télescope est équivalente à la longueur focale du miroir primaire. Elle est donc notablement plus longue que celle des télescopes Maksutov-Cassegrain et Schmidt-Cassegrain.
  • A f/d =6, la courbure de champ impose un choix critique d’oculaires d’excellente qualité pour l’observation visuelle, surtout aux faibles grossissements.
  • Le design impose un back-focus très court. L’oculaire doit est placé très près du tube optique pour obtenir la mise au point. Cela empêche l’utilisation de certains accessoires tels que la tête binoculaires ou la roue à filtres. En contrepartie, le miroir secondaire est de petite taille.

Le Ceravolo HD-145


Ceravolo HD-145 sur monture Vixen GPDX. Contrairement aux apparences, la monture supporte très bien ce tube

Le HD145 de Peter Ceravolo est un télescope de 145mm d’ouverture pour 870mm de focale (F/d = 6) Il est réalisé avec des tolérances de fabrication très serrées, rendant inutiles les traditionnelles vis de collimation « push-pull » des miroirs

Le tube noir de 90 cm de longueur et 18 cm de diamètre est en aluminium avec une texture granuleuse. Aux extrémités se trouvent la cellule du ménisque et le barillet du miroir, en aluminium anodisé noir. Le couvercle d’objectif se visse à la manière des bouchons Televue, Le pare buée se visse à la place du couvercle. Le tout est magnifiquement réalisé. L’intérieur du tube est lisse, aucun diaphragme ne vient piéger les réflexions parasites.

Le dispositif de mise au point est très rustique: Un tube de 57mm de diamètre coulisse sur environ 25mm pour effectuer une mise au point rapide, une vis de 66mm de diamètre permet une mise au point précise sur encore 20mm. Le tout représente un beau travail d'usinage effectué dans des blocs d'aluminium. Avantage: Dans 100 ans il fonctionnera toujours, sans jeux supplémentaires. Inconvénients: l'oculaire tourne avec la vis, rendant la mise au point photographique délicate.

Le porte oculaire n'a pas de butées: si on sort ou on dévisse trop le porte oculaire tout tombe par terre... Avec un peu d'habitude ce porte oculaire s'avère agréable à utiliser. Un boulon permet de freiner le filet de la vis de mise au point afin de supprimer les jeux.

Ce porte oculaire est de type "low profile". Sa hauteur minimum au-dessus du tube optique est de 11 mm avec l'adaptateur 1"1/4. Cette caractéristique est dictée par la volonté de subir une obstruction centrale aussi faible que possible. Le miroir secondaire étant de très petit diamètre, le foyer du télescope se trouve très près du bord du tube. Malheureusement, La mise au point au foyer avec un appareil photo reflex argentique ou digital n'est pas possible. Sur le HD145 l’obstruction centrale n’est que de 15 %, ce qui est remarquable pour un télescope à miroirs ouvert à F/6.


Porte oculaire hélicoïdal; obstruction centrale mini pour performances maxi

Les anneaux de montage de forme octogonale sont usinés d'une pièce. Un boulon 1/4" règle le pincement du tube. Il n'y a pas de charnière sur ces anneaux: l'élasticité de l'aluminium suffit. Ces anneaux sont tellement bien ajustés qu’il n’est pas possible de les retirer du tube optique.

Utilisation

Au niveau de l'équilibrage le Maksutov-Newton a son centre de gravité placé au milieu de la longueur du tube. En effet le ménisque est aussi épais (et donc aussi lourd ) que le miroir primaire. Cette géométrie ne convient pas à une monture de type Dobson. Il vaut mieux utiliser une monture équatoriale.

Sur mon exemplaire, l’ombre du miroir secondaire était décentrée par rapport au primaire. L’ajustement a pu se faire en tournant légèrement la cellule du ménisque par rapport au tube, entraînant la rotation du miroir secondaire. Les trous de fixations sont ovales, permettant ce réglage. Aucun autre alignement n’est requis, Ceravolo garanti la perpendicularité des miroirs par une grande précision d’usinage.

J’ai comparé le HD-145 avec une lunette Astro-physics 130 F/6. Le Mak-Newton demande plus de temps pour stabiliser sa température. En visuel, je n’observe pas de différence entre les deux instruments. L’un et l’autre séparent facilement la double double du Cygne avec un grossissement de 280 fois, l’image étant moins stable dans le HD-145.

En pratique, je n’apprécie pas trop la position d’observation imposée par un Newton. Lorsque l’instrument est installé sur une monture équatoriale, l’oculaire prend souvent une position malaisée ou inaccessible, et les anneaux de fixation du HD-145 ne sont pas rotatifs comme sur le Intes MN. L’accès à l’oculaire est bien plus pratique lorsque le télescope est fixé sur une monture azimutale. C’est ce qui a rendu populaire le Dobson.

Le HD-145 n’est malheureusement plus fabriqué. D’autres constructeurs se sont inspirés de cette formule optique. Le fabricant russe Intes Micro propose plusieurs modèles de 5 à 14 pouces de diamètres dans sa série MN. Orion commercialise le Intes MN-61 sous le nom de Orion Argonaut. Ces instruments jouissent d’une bonne réputation, ils sont présentés comme une alternative économique à la lunette apochromatique.

Mon Ceravolo HD-145 porte le numéro de série 0054. Par mail j’ai demandé de l'aide à Peter Ceravolo. Il m'a très aimablement conseillé pour effectuer la meilleure collimation possible. Pas mal, quand on sait que ce grand Monsieur est également impliqué dans la réalisation de l'optique du télescope spatial Canadien M.O.S.T. mis en orbite l’année passée.

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