Du danger des lasers verts bon marché

Introduction

J’aimerais vous mettre en garde contre les lasers verts à très bas prix. Ils sont le plus souvent dangereux car ils ne sont équipés d’aucun filtre infra-rouge. Quelle importance direz-vous ?

Le fonctionnement d’un laser vert

Il faut savoir que tous les lasers verts actuellement sur le marché ne génèrent pas ce rayonnement de manière directe, mais utilisent à la base une diode laser à 808 nm (donc infrarouge), cette longueur d’onde étant ensuite convertie par un cristal en 1064 nm (toujours de l’infrarouge). Ce n’est qu’à la dernière étape qu’un cristal doubleur de fréquence permet de transformer une (très) petite partie de la lumière infrarouge de 1064 nm en lumière verte à 532 nm. Comme le rendement de cette conversion est faible, la plus grande partie de l’infrarouge n’est pas convertie et est émise par le pointeur laser, sauf si ce dernier est équipé d’un filtre qui bloque la quasi totalité de ce rayonnement, d’autant plus dangereux qu’il est invisible !

Le problème

Malheureusement, seuls les pointeurs d’un certain prix (de l’ordre de grandeur de 50 USD) disposent d’un filtre éliminant presque complètement l’infra-rouge résiduel; les autres émettent généralement une quantité d’infrarouge qui est carrément un multiple de leur puissance dans le vert !

On trouve cet avertissement à divers endroits sur internet, par exemple ici :
http://www.technologyreview.com/view/420214/the-danger-of-green-laser-pointers/
(en anglais).

Le matériel utilisé pour les tests

L’expérience a été réalisée avec deux lasers verts vendus en tant que pointeurs de 5 mW : un « no name » chinois à 5 USD (en bas sur l’image ci-dessous), de toute évidence sans aucun filtrage IR, et un Wicked Lasers Core, correctement filtré, valant quelque 50 USD. Les images ont été prises avec un APN Sony DSC-F828 qui a l’immense avantage d’avoir une fonction Nightshot dans laquelle le filtre anti-IR est retiré mécaniquement du circuit optique. On obtient dès lors une sensibilité correspondant à celle du capteur CCD, soit jusque vers 1200 nm. J’ai de plus deux filtres externes qui permettent de ne laisser passer que l’infrarouge, avec une longueur d’onde de coupure de 720 nm pour l’un et de 950 nm pour l’autre, ce qui est parfait pour ce genre de tests.

Voici une image des deux filtres IR et des deux lasers :

lasers_verts_et_filtres_ir

L’expérience réalisée

Voici maintenant la preuve en images de l’énorme différence qui existe entre un laser filtré et un qui ne l’est pas. L’expérience a consisté à éclairer une feuille blanche à une distance d’environ 30 cm avec les deux lasers simultanément et à photographier les deux points lumineux avec un filtrage au niveau de l’appareil photo le rendant sensible à différentes longueurs d’onde.

Voici les quatre images prises (le laser avec filtrage est toujours à gauche; celui sans filtrage à droite) :

1. Dans le visible, donc avec seulement le rayonnement vert à 532 nm (l’IR étant bloqué par le filtre anti-IR de l’APN) :
Lasers verts dans le visible

2. Avec la fonction Nightshot, mais sans filtrage externe, donc en étant sensible aux trois longueurs d’onde présentes: 532 nm; 808 nm et 1064 nm :
test_lasers_verts_visible_et_ir

3. Avec la fonction Nightshot + le filtre IR de 720 nm: il ne reste que les composantes IR à 808 nm et 1064 nm :
test_lasers_verts_filtre_720nm

4. Avec la fonction Nightshot + le filtre IR de 950 nm: il ne reste plus que l’IR à 1064 nm :
test_lasers_verts_filtre_950nm

Conclusion

Les images sont édifiantes et ne donnent qu’une envie à qui tient à préserver ses yeux et ceux des personnes assistant à ses démonstrations: mettre le modèle sans filtrage dans la poubelle la plus proche !

Robert Chalmas